Interview de Saez


Extrait d’une interview de Saez pour Télérama:

Le 24/11/2012
Propos recueillis par Hugo Cassavetti

Vous avez eu une enfance heureuse ?
Pas vraiment. En revanche, j’ai eu une enfance assez chanceuse, car j’ai croisé des gens qui m’ont ouvert les portes. Mais j’ai souffert de la solitude… Mon père n’était pas là, il y avait un manque. Et mon beau-père n’est arrivé que bien plus tard. Entre-temps, j’ai été envoyé à gauche et à droite.

La musique ?
Il y a quelques années, j’allais vraiment mal. J’ai entrepris une thérapie et j’ai compris des choses. J’étais devenu agoraphobe. Mais il y avait un domaine où j’avançais quand même : la musique. Je me sentais bloqué dans ma vie, et, pourtant, j’arrivais à écrire, à composer malgré la douleur. Dans mon travail, je parvenais à mettre un pied devant l’autre.

Il n’y a rien de plus récent, dans la chanson française, qui vous ait réellement fait forte impression ?
Il y a eu Higelin, dans les années 80. Avec Tombé du ciel, par exemple, il proposait un truc à part. Son côté clown, ce flirt avec le théâtre, une écriture marquante. Ça changeait de Gainsbourg… Dans les années 80, il n’y avait plus que ça, des imitations de Gainsbourg, le règne du calembour qui ne raconte rien. On était loin de Melody Nelson ou de la période Saint-Germain-des-Prés. On était dans You’re under arrest, Love on the beat… J’ai toujours fui ça.

Vous venez de publier un triple album concept. Sa suite, Miami, est prévue pour 2013. Que racontent-ils ?
L’idée de départ, c’était la chanson Messine. Une ville où il y a la mer, cette mer que chacun doit pouvoir imaginer chez lui pour s’évader, se sentir libre. Même à Roubaix, où vivent les deux protagonistes de mon histoire. Ce ne pouvait être que social. Un environnement est toujours social. Tout au long du disque, je navigue à travers ce changement économique dévastateur qui se produit dans ces pays qui ne sont plus que des banques. Le décalage entre cette tradition française qui reposait sur l’entraide sociale et cette réalité d’un libéralisme à outrance, symbolisée par Miami, aux Etats-Unis. L’un de mes personnages dit à une fille qu’il aimerait l’emmener à Messine, mais elle lui répond qu’elle rêve plutôt d’aller à Miami. Il y en a un qui est tourné vers le passé et l’origine, l’autre vers le monde moderne. Ces deux choix nous caractérisent aujourd’hui à tous les niveaux, politique, notamment. Nous sommes bloqués. Coincés entre culture et consommation.

“J’adore cette idée que le silence
n’est pas forcément le vide.
N’avoir que de la merde dans la tête
l’est beaucoup plus.”

Et moi je remercie cet artiste dont les textes, plus que me parler, me font avancer avec un nouveau regard sur la vie. Merci à toute l’émotion passant  lorsque sonnent « Les bals des Lycées » (et oui, nous adultes, notre passé et insouciance sont derrière nous), Les Meurtrières, J’ Accuse, Les Echoués (dans une vie à la con…avec notamment Betty), Le Gaz (« Tu t’es barré comme ça Comme la fumée d’une clope Qui prend le large et la mer … »): le cafard baudelairien, le spleen mêlé parfois d’espérance, la révolte (du coeur, sociale et politique), des orchestrations sublimes, des métaphores dignent des plus belles poésies, de belles références culturelles et musicales…

Non le silence n’est pas forcément le vide, come le bonheur n’est pas forcément l’antonyme des catastrophes. Parcequ’il semble que la douleur de la vie n’est pas une destinée, je crois comme Saez à l’espoir (Planche à roulettes est un titre porteur !). L’espérance est un risque à courir, non ?

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